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Les femmes concernées par un cancer gynécologique sont confrontées à une difficulté spécifique : l’impact direct de la maladie sur leur vie intime. De quelle manière ces types de cancers affectent-ils la sexualité ? Existe-t-il des solutions adaptées ? Entretien sans tabou avec Pierre Bondil, urologue et sexo-oncologue à l’hôpital de Chambéry.

LMC : votre spécialité vous porte à être attentif à la santé sexuelle de vos patients. Pourquoi celle-ci est-elle si importante ?
P.B : Hommes et femmes confondus, les cancers génitaux (sein, ovaire, utérus, vulve, prostate) représentent 40% des cancers. Ce sont des pathologies le plus souvent à bon pronostic puisque dans 75% des cas, le taux de survie est supérieur à 5 ans. Or, la santé sexuelle est un paramètre déterminant de la vitalité et de la qualité de vie et le fait d’être en couple s’avère un facteur positif de survie. L’enquête nationale « Deux ans après », réalisée en 2008, a montré que 65% des patients souffrent encore de séquelles sexuelles deux ans après la fin des traitements du cancer. Il est donc important que les patients puissent parler de leur sexualité à leur médecin sans tabou afin d’envisager avec eux des solutions adaptées à leur cas.
LMC : de quelle manière un cancer gynécologique va t-il affecter la sexualité d’une femme ?
P.B : La fonction sexuelle se répercute à trois niveaux (1). Tout d’abord, elle concerne un plan strictement physiologique, c’est-à-dire la capacité à ressentir du désir, de l’excitation et du plaisir. Ensuite, la sexualité renvoie à une dimension identitaire. On imagine bien à quel point l’ablation d’un sein, de l’utérus ou encore une atrophie du vagin vont avoir des conséquences importantes en termes d’estime et d’image de soi, ainsi qu’en termes de confiance en soi. Enfin, la sexualité inclut une dimension relationnelle : vais-je m’autoriser ou non à entrer en relation et à séduire ?
LMC : quelles sont les principales conséquences des traitements sur la sexualité ?
P.B : Quel que soit le protocole choisi (chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, thérapies ciblées), tous les traitements ont un effet plus ou moins délétère sur la vie sexuelle des malades. La chimiothérapie, avec la fatigue et les effets secondaires qu’elle entraîne (nausées, douleurs ou effets inflammatoires au niveau vaginal), va perturber la libido. La radiothérapie entraine souvent des séquelles : fibroses, douleurs, atrophie du vagin… L’hormonothérapie peut provoquer une ménopause précoce, des bouffées de chaleur, une sécheresse vaginale ainsi qu’une inflammation au niveau de la bouche. Tous ces effets secondaires, selon leur importance, ont un impact sur la sexualité des femmes. Sans parler des conséquences psychologiques des traitements et de la maladie. Je pense par exemple à l’impact d’une chirurgie mutilante, visible ou non (ablation du sein ou des ovaires, anus artificiel,…)
LMC : existe-t-il des solutions adaptées pour retrouver une vie sexuelle satisfaisante ?
P.B : Oui. Les personnes touchées par le cancer ne sont pas condamnées à l’abstinence sexuelle ! C’est très important de rappeler qu’on peut donner et prendre du plaisir sans qu’il y ait forcément pénétration. Que la situation soit transitoire ou définitive, la sexualité peut s’orienter vers les caresses ou inclure d’autres alternatives dans la mesure où elles sont librement acceptées par le couple. Pour pallier les conséquences des traitements, nous disposons aujourd’hui de solutions adaptées. Par exemple, en ce qui concerne la sécheresse vaginale, il existe aujourd’hui des lubrifiants et des crèmes hydratantes tout à fait efficaces. Pour éviter une atrophie du vagin après une radiothérapie, l’utilisation de dilatateurs, voire d’un sex toy adapté, est une solution à envisager de manière préventive dans certains cas. Pour les femmes concernées, la chirurgie réparatrice du vagin donne des résultats satisfaisants. Il en est de même pour la reconstruction mammaire. Enfin, celles qui ont un anus artificiel peuvent privilégier certaines positions à d’autres. Il s’agit donc de mettre en place une sexualité adaptée en fonction des difficultés spécifiques rencontrées tout en tenant compte de la sensibilité de chacun (1). Rappelons également que si ces bouleversements entraînent une souffrance trop importante, une psychothérapie ou une sexothérapie peut s’avérer utile. N’oublions pas non plus la souffrance éventuelle du partenaire.
(1) Référentiel « Cancer, vie et santé sexuelle » - AFSOS parution décembre 2011. Pour plus d’informations : www.afsos.org.
Propos recueillis par Nathalie FERRON
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Publié dans : Les Chambres > Le couple
Tags : Vagin, Utérus, Urologues, Sexualité, Sexologue, Sexe, Sein, Prostate, Ovaire, Couple, Cancers Gynécologiques
Publié le 17/01/2012 à 4h49 - Dernière modification le 18/01/2012 à 10h03
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