Les bienfaits du sport sont aujourd’hui largement prouvés mais quelle activité  pratiquer lorsqu’on est confronté au cancer ? Y a-t-il des contre-indications ? Le point avec le Pr Philippe Wind, responsable du service de chirurgie digestive à l’hôpital Avicenne, et enseignant dans le cadre du DU « Sport et Cancer » à Bobigny (93).

 

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S’il n’existe pas a priori de sport plus bénéfique qu’un autre lorsqu’on est concerné par le cancer, il est impératif de respecter quelques règles avant de s’inscrire dans un club sportif afin de ne pas s’engager dans des choix préjudiciables à son état . « Ces contre-indications ne sont d’ailleurs pas toujours spécifiques à une pathologie tumorale », souligne le Pr Philippe Wind.

 

Si vous venez de vous faire opérer : il est conseillé d’attendre au minimum 3 mois avant de reprendre une activité sportive. Au début, évitez les sports qui impliquent des efforts brusques et violents, comme le squash, le foot ou le tennis. « Cela pourrait entraîner une déchirure musculaire ou une rupture de la cicatrisation », explique le Pr Philippe Wind. Bien sûr, avant de reprendre le sport, vous demanderez l’avis de votre médecin. Rejouer au tennis après un cancer du sein s’avère possible, à condition toutefois de ne pas présenter de séquelle anatomique ni de syndrome du « gros bras » (lymphoedème).

 

Si vous souffrez d’une pathologie cardiaque ou respiratoire :  Sachez que les activités nautiques comme la plongée sous-marine, par exemple, sont contre -indiquées. En revanche, quelqu’un qui a été opéré d’un cancer du poumon pourra très bien reprendre des activités de cardio-training « à condition de porter un appareil qui mesure la fréquence cardiaque pour ne pas se mettre en danger», précise le Pr Philippe Wind. 

 

Si vous portez une stomie : pour des raisons d’hygiène et d’image corporelle, la natation sera déconseillée. Par précaution, les personnes concernées éviteront également les sports de combat. Toutefois, le port d’une poche n’empêche pas la pratique d’une activité sportive. « Tout dépend du type de stomie, de son caractère transitoire ou définitif… Dans certains cas, on peut très bien pratiquer la course à pied, par exemple», explique le chirurgien.

 

Si vous êtes en pleine période de traitements : Il est préférable d’attendre la fin de la phase aiguë pour reprendre une activité physique, mais la pratique sportive n’est pas pour autant déconseillée en phase de traitement. Pendant la chimiothérapie, tout dépend de l’incidence des effets secondaires sur l’état général des patients. Certains traitements peuvent générer des troubles neurologiques rendant difficile la marche ou la course, par exemple. « Les inconvénients de la chimiothérapie sont surtout liés à la sphère digestive et à la fatigue qu’elle entraîne. En général, 2 ou 3 jours après la cure, les effets secondaires s’amenuisent. S’ils s’en sentent capables et que cela leur fait plaisir, les patients peuvent bien sûr faire du sport ». Même chose pendant la radiothérapie. « En général, les séances s’organisent sur une durée de 4 à 6 semaines et n’entraînent pas d’effets secondaires majeurs. Entre les soins, les patients peuvent faire du sport s’ils le souhaitent », précise le Pr Philippe Wind.

 

Si vous avez un certain âge et  avez peu pratiqué le sport

« Après 40 ans, qu’il soit question de cancer ou non, il est impératif d’aller voir son cardiologue et de passer un test à l’effort avant de reprendre une activité sportive surtout si la personne n’a pas fait de sport depuis longtemps », rappelle le Pr Philippe Wind. Connaître son pouls et sa fréquence cardiaque maximale est également recommandé. Pour ne pas prendre de risques inutiles, les médecins conseillent de ne pas dépasser 80% de la fréquence cardiaque maximale lors de l’effort (le calcul est simple : 220 auquel on retranche son âge).

 

Diminution du risque de récidive, aide contre la fatigue, amélioration de l’image de soi... la pratique d’une activité sportive représente une ressource importante dans la lutte contre le cancer. A condition qu’elle reste un plaisir et non une contrainte de plus à supporter. « C’est très important de choisir une activité qui plaise. La motivation et les bénéfices n’en seront que plus importants », conclut le Pr Philippe Wind.

 

Nathalie Ferron