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Le Parlement avait déjà voté l’interdiction du bisphénol A (BPA) dans les biberons en juin 2010. Cette fois, la loi s’élargit à tous les contenants alimentaires à partir de 2014, et dès 2013 à ceux destinés aux enfants de moins de 3 ans. Le temps, pour les industriels, de trouver des substituts.

Dans un article récent, La Maison du cancer pointait les dangers sanitaires des perturbateurs endocriniens. L’Assemblée nationale a voté le 12 octobre l’interdiction de l’un d’entre eux, le bisphénol A, présent dans la plupart des contenants alimentaires.
Une expertise enfin reconnue
Les députés ont sûrement été influencés par la publication des deux rapports de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses, ex-Afssa). Jusqu’ici sceptique, l’agence prône désormais la réduction des expositions au BPA des populations les plus sensibles, en l’occurrence les femmes enceintes et allaitantes, les nourrissons ainsi que les jeunes enfants. Une révolution alors que Marie-Monique Robin, auteur de Notre poison quotidien (1), nous confirmait en mars dernier l’existence de conflits d’intérêt au sein de l’Anses au sujet de cette substance…
Même si certains fabricants s’en défendent encore, la veille scientifique effectuée depuis plus de deux ans par le Réseau environnement santé (RES) (2) a révélé que « l’écrasante majorité des publications scientifiques sur les deux ans – 150 sur 158 – concluait à un impact sanitaire du BPA, notamment à des doses très inférieures à la dose journalière admissible préconisée par l’AFSSA (devenue l’Anses) et l’Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA). »
Mobiliser l’Europe
Dans un communiqué, André Cicolella, toxicologue et président du RES, se réjouit de cette décision et souhaite « qu’elle insuffle la dynamique qui fait défaut à l’échelle européenne ».
En s’arc-boutant sur une « dose journalière admissible » qui ne tient pas compte des effets à faible dose, l’Agence européenne de sécurité alimentaire voit sa crédibilité largement remise en cause sur ce sujet. L’incidence du BPA est en effet parfois plus marquée à faible concentration et peut se transmettre sur plusieurs générations.
Trouver des substituts
Face à appel lancé par l’Anses pour trouver des produits de substitution au BPA, l’Union des industries chimiques recommande pour sa part dans un communiqué « que les hypothèses pouvant expliquer les effets à très faible concentration chez l’homme soient confirmées par des études scientifiques complémentaires et fassent l’objet d’un partage de vues au niveau européen ». Selon elle, « la substitution du BPA n’est pas une démarche simple dans la mesure où son remplacement par une seule substance n’est techniquement pas envisageable aujourd’hui, en particulier dans les résines au contact des aliments. »
Pourtant, des conditionnements sans BPA existent déjà aux Etats-Unis dans différentes marques agroalimentaires. La compagnie Eden Foods conditionne ses légumes bio dans des conserves en acier avec un revêtement d’émail spécifique sur une oléorésine (mélange naturel d’huile et de résine extraites de plantes comme le pin).
Parmi les alternatives proposées par le Réseau environnement santé, le recours aux bouteilles et bocaux en verre, aux emballages Tetra Pak ou à des revêtements innovants déjà testés aux Etats-Unis, comme certains dérivés de l’amidon de maïs.
En attendant, comment s’en prémunir ?
Le bisphénol A est présent dans une multitude de produits courants (appareils électroménagers, lunettes de soleil, vernis à ongles, peintures, CD, étagères de réfrigérateur…), mais la principale source d’exposition se situe dans les récipients en plastique alimentaires :
• revêtements intérieurs des conserves et des cannettes
• plats pour fours à micro-onde
• couverts, assiettes, gobelets, gourdes en plastique
On commence à trouver des équipements avec la mention « BPA free ». C’est notamment le cas d’une popote de camping chez Decathlon. Une maman a même créé un site qui ne propose que des objets sans BPA.
Les codes de recyclage généralement gravés sous les récipients permettent d’identifier la présence du BPA. Il s’agit d’un ruban de Möbius dans lequel est inscrit le chiffre correspondant au BPA, lequel varie selon les matériaux :
• 7 dans le polycarbonate (PC)
• 6 dans le polystyrène (PS) ( barquettes, ustensiles jetables…)
• 3 dans le PVC (emballages de viande, bouteilles d’huile de cuisson…)
Un conseil, ne faites pas réchauffer une boîte de conserve au bain-marie, mais videz-en plutôt le contenu dans une casserole. Un récipient en polycarbonate réchauffé au micro-onde est encore plus susceptible de libérer du BPA dans les aliments.
Enfin, sujet dont on parle moins, le BPA serait susceptible de pénétrer l’organisme par la peau. A la suite d’une étude américaine révélant en 2010 des taux importants de BPA dans l’organisme des caissières, des chercheurs de l’Inra ont observé « qu’environ deux tiers du BPA déposé à la surface de la peau traversaient la barrière cutanée, quelle que soit la dose déposée ». Or, cette substance est présente en assez grande quantité dans le papier thermique, où elle est utilisée comme révélateur de la coloration à l’impression des reçus de cartes de crédit et autres tickets de caisse ou de parking.
Depuis, certaines enseignes comme Carrefour et les magasins U l’ont remplacé par du bisphénol S, mais cette substance serait aussi nocive… Dans le doute, ne conservez pas les tickets trop longtemps entre vos doigts et ne les laissez pas traîner dans le sac à provisions.
Catherine Levesque
(1) Notre poison quotidien, Marie-Monique Robin, Arte Editions / La Découverte (22 €).
(2) Le Réseau environnement santé a effectué sur son site Internet une remarquable compilation des études et les articles parus sur le BPA.
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Publié dans : Le jardin > Environnement
Tags : Res, Bpa, Bisphénol S, Bisphénol A, Anses, Afssa
Publié le 21/10/2011 à 3h50 - Dernière modification le 24/10/2011 à 10h33
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