Ce site créé par le professeur Jean-Pierre Lotz, chef du service d'oncologie médicale de l'hôpital Tenon à Paris, fournit des informations médicales et juridiques aux patients.
Ce que certain(e)s considéraient comme un symbole de l’égalité homme et femme - la levée de l’interdiction pour les femmes de travailler de nuit dans l’industrie - a tout juste dix ans ! Un anniversaire au goût amer, si l’on en croit les dernières études médicales pointant un risque professionnel ignoré jusque là : l’augmentation des cancers du sein chez les travailleuses de nuit.

Tandis que les uns se lovent dans les bras de Morphée, quelque cinq millions de Français vaquent à leur travail de nuit, défini par une durée du travail d’au moins 3 heures entre 21 H et 6 H du matin et ce, au moins deux fois par semaine (ou 270 heures de nuit par an selon l’article L. 213-2 du Code du Travail). Problème : depuis quelques années, plusieurs études pointent du doigt les effets délétères du travail de nuit sur la santé. Non seulement sur le sommeil mais aussi, ce qui en a surpris plus d’un, sur le risque accru de survenue d’un cancer …
La preuve par «CECILE»
Ce joli prénom est celui donné à une étude de l’Inserm, menée auprès de 2.500 femmes – dont une moitié atteinte d’un cancer du sein – en Ile et Vilaine et en Côte d’Or (étude Cancer du sein En Côte d’or et ILE et vilaine). Comparativement à des femmes n’ayant jamais travaillé de nuit, l’excès de risque s’est avéré maximal (pouvant atteindre 40 %) après 3 ans de travail de nuit. Subir des changements d’horaire fréquents augmentait également les risques. Aussi inquiétants soient ces résultats, ils ne font que confirmer ce que d’autres études internationales menées auprès d’infirmières de nuit et d’hôtesses de l’air, laissaient suspecter … Et tandis que les uns réclament de nouvelles études pour y voir plus clair, le Danemark accélère le processus avec l’indemnisation de 37 femmes atteintes d’un cancer du sein pouvant être lié à leur travail de nuit. Un premier pas concret vers la reconnaissance d’un risque professionnel longtemps sous-estimé …
La mélatonine en cause ?
Comment le fait de travailler de nuit pourrait-il favoriser des cancers ? Les chercheurs ont une piste : celle de la mélatonine. En effet, la sécrétion de cette hormone normalement produite durant la nuit, avec un pic entre 1 et 3 heures du matin à condition que l’on dorme dans le noir, est perturbée par le travail de nuit et la lumière artificielle. Conséquences : une baisse des défenses immunitaires, y compris des cellules chargées de combattre les cellules tumorales ; peut-être la dérégulation de certains gènes, aboutissant à la formation de cellules cancéreuses ; et enfin, la modification du taux d'oestrogènes produits.
Voilà qui pourrait expliquer le risque accru de cancer du sein chez les femmes travaillant de nuit … mais pas le fait que les femmes semblent les seules concernées. Les hommes échappent-ils vraiment à ce risque de cancérisation ou est-ce juste une question de nombre d’années travaillées de nuit ? Le cancer du sein est-il le seul cancer sur-représenté chez les travailleuses de nuit ? D’autres cancers sont-ils aussi à craindre ? Autant de questions cruciales auxquelles les chercheurs vont devoir encore répondre …
Que faire de cette découverte ?
Curieusement, c’est la grande donnée absente de tous les articles parus sur ce thème, comme si les femmes concernées allaient se contenter de savoir qu’elles encourent un risque accru, sans chercher de solution ! Premier constat : on ne peut dire aux millions de femmes concernées d’abandonner leur travail et à celles qui seraient tentées par le travail de nuit, de ne surtout pas postuler ! Second constat : pour les femmes qui ont déjà passé le cap des trois ans de travail de nuit et dont le risque de cancer du sein est accru, il n’est pas non plus possible de conseiller d’attendre encore des années que les pouvoirs publics se mobilisent pour mettre en place un meilleur suivi de ces travailleuses nocturnes (si jamais ils le font).
Alors, quoi faire ? En attendant d’en savoir plus, en attendant un consensus, le plus simple est peut-être d’en parler à son médecin traitant ou à son gynécologue. Selon le nombre d’années passées à travailler de nuit, la tranche horaire, les répercussions sur sa santé (sommeil, humeur, etc.) et les risques individuels de cancer du sein - âge, antécédents familiaux, etc. – ce médecin peut éventuellement anticiper la date du dépistage du cancer du sein.
Nathalie Szapiro-Manoukian
• Sources :
• Colloque “Cancer et travail”, décembre 2010, avec l'Association pour la recherche sur le cancer (ARC) et l'Institut national du cancer (Inca).
• Colloque “Sommeil et Travail”, novembre 2008, avec la Société française de la médecine du travail, la Société française de recherche et de médecine du travail et la Société de pneumologie de langue française.
• Inserm, “Etude cas témoin CECILE”, 2010
• INRS : “Le travail de nuit posté, cancérogène probable”, 2008.
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Publié dans : Le Bureau > Cancers professionnels
Tags : Nuit, Mélatonine, Inserm, Infirmière, Hôtesse De L'air, Femmes, Colloque Cancer Et Travail, Cécile, Cancer Du Sein, Cancer
Publié le 06/01/2011 à 6h36 - Dernière modification le 12/05/2011 à 12h48
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bonjour,
Depuis que je connais cette étude, je m'interroge et essaye de modifier mon rythme de vie. Travaillant et ayant une activité militante, je me suis couchée pendant presque 25-30 ans à 2 ou 3 heures du matin en me levant à 6h30-7h et ce presque chaque jour. Un cancer du sein a été diagnostiqué en 2008, après plusieurs opérations et traitement ça va. Il est difficile quand on a l'habitude de travailler le soir de se coucher tôt et dans le noir. David Servan Schreiber évoque cette étude dans son livre Anticancer. Comment faire connaître cette étude ? Comment modifier profondément ses habitudes ?
Merci pour tout
Maya