L'annonce d'un cancer est déjà difficile à accepter, mais celle d'une métastase l'est tout autant.  Qu'elle soit découverte en même temps que le cancer primitif,  ou des années après, alors qu'on se croyait guéri, la métastase est une source d'angoisse supplémentaire. Une bonne raison pour mieux apprendre à connaître cet ennemi qui, aujourd'hui, est fragilisé par d'importantes découvertes.

métastases

Le nom sonne comme un coup de glas.  Pourtant, comme il y a cancer et cancer, il y a métastase et métastase. Actuellement les chercheurs élaborent sans cesse de nouveaux traitements actifs sur ces dernières, transformant peu à peu leur pronostic autrefois très sombre : c'est notamment le cas pour les cancers métastatiques du rein, du sein, du côlon, et dernièrement de la peau (mélanome), même s'il reste encore beaucoup à faire. En l'espace de 5-6 ans, les nouvelles positives se sont succédées et l'on attend encore d'autres progrès à venir : en effet, lorsqu'une nouvelle molécule apparaît, il y a toujours moyen d'optimiser ses résultats en l'associant à d'autres molécules déjà utilisées. C'est un peu ce qui s'est passé pour le cancer du pancréas métastatique et cela s'annonce aussi comme la prochaine étape, dans les mélanomes métastatiques.

 

1- Qu'est-ce qu'une métastase? 

Lorsqu'une famille de cellules se met à proliférer de façon incontrôlée, elle est à l'origine de ce que l'on appelle "un cancer primitif". Il arrive parfois, mais pas de façon systématique, qu'une petite partie de ces cellules migrent à distance, jusqu'à un autre organe. Parfois, l'histoire s'arrête là quand les cellules de l'immunité les repèrent à temps et les éradiquent. Parfois encore, c'est le traitement administré pour le cancer primitif qui nettoie l'organisme de ces cellules «migratoires». Mais dans d'autres cas, ces cellules cancéreuses arrivent à s'installer au niveau d'un organe situé à distance du premier, pour former une nouvelle tumeur : c'est cela, une métastase.

 

2- N'importe quel organe peut-il être touché?

Pour migrer, les cellules cancéreuses de la tumeur primitive empruntent soit la voie sanguine soit la voie lymphatique. Elles atteignent donc avant tout des organes situés sur l'un de ces trajets. C'est pourquoi certains organes sont plus souvent la cible de ces populations migrantes de cellules cancéreuses : c'est notamment le cas du foie, des poumons, du cerveau et des os.

 

3- Tous les cancers métastasent-ils? 

Non, certains cancers ne métastasent pas, comme l'épithélioma basocellulaire de la peau. D'autres, comme le cancer papillaire de la thyroïde (la variété de cancer la plus souvent retrouvée au niveau de cette petite glande du cou) métastasent peu. Et d'autres, comme les cancers du sein, des bronches, de la prostate, du rein ou du cancer médullaire de la thyroïde (une variété rare mais grave de cancer de cette glande) ont tendance à métastaser, notamment vers les os. Quant au cancer colorectal, il métastase au niveau du foie.

 

4- Est-ce la même chose qu'un cancer secondaire?

Oui, car parfois, il arrive que les médecins découvrent la métastase avant même la tumeur dont elle est dérivée. Dans ce cas, ils parlent de «cancer secondaire» et un bilan est réalisé pour retrouver le cancer primitif en cause.

 

5- Connaît-on les facteurs favorisant l'apparition des métastases?

On en connaît certains : par exemple, le risque de métastase est d'autant plus grand que la tumeur est volumineuse et qu'elle est agressive. C'est pourquoi, parmi les cancers qui métastasent, certains le font très vite alors que d'autres, mettent des années. Enfin, certains métastasent au niveau de plusieurs organes à la fois et d'autres, en un seul endroit. Tout comme on devrait parler «des cancers», on devrait parler «des métastases» et ne pas faire de généralités.

 

6- Une métastase traduit-elle toujours un signe de gravité? 

C'est effectivement le signe que l'on a affaire à une tumeur relativement virulente puisqu'elle a tendance à s'étendre. Mais cela n'empêche pas les chercheurs de trouver son "talon d'Achille". C'est ce qui s'est passé pour les tumeurs cancéreuses appelées (Ph Plus), du fait d'un déplacement d'un fragment de leur chromosome 22 vers le chromosome 9. Cette mutation au sein de leur matériel génétique, fait qu'elles expriment une protéine possédant une activité enzymatique : l'activité tyrosine kinase. Or, cette tyrosine kinase contrôle le développement, la multiplication et la mort des cellules cancéreuses, rien que cela ! Lorsque les chercheurs ont réussi à mettre au point des molécules anti tyrosine kinase capables d'empêcher l'action de cette fameuse protéine, cela leur a ouvert des possibilités nouvelles dans la prise en charge de plusieurs cancers comme la leucémie myéloïde chronique ou certains cancers métastatiques de l'estomac rares et dont les cellules cancéreuses sont (Ph Plus), c'est-à-dire porteuses de cette fameuse mutation.

 

7- Quelles sont les autres découvertes? 

Les cancers thyroïdiens médullaires (une variété de ce cancer ayant tendance à métastaser) sont des cancers rares, mais potentiellement graves en raison d'un risque de métastase au foie, aux poumons ou à l'os. Leur pronostic dépend du stade : opérés avant tout envahissement ganglionnaire, on les guérit presque toujours. Sinon, la maladie progresse et le pronostic était autrefois très sombre. Récemment, plusieurs études ont été menées avec le vandetanib, (une thérapie ciblée), ce qui a permis d'obtenir un taux de réponse objective de l'ordre de 20 % et un taux de stabilisation de l'ordre de 50 %.

 

8- Et la dernière en date?  

Elle concerne une tumeur métastatique réputée être l'une des pires sur le plan pronostique : le mélanome métastatique. Deux molécules suscitent actuellement beaucoup d'espoir et viennent d'être présentées à la 47e conférence annuelle de l'American Society of Clinical Oncology (ASCO), le plus important colloque mondial de cancérologie réuni début juin à Chicago. Elles appartiennent à la classe des inhibiteurs BRAF, ainsi appelés car ils agissent sélectivement sur une protéine (appelée protéine BRAF) lorsqu'elle est mutée. Et c'est justement le cas de 40 % des mélanomes.

 

9- D'autres pistes sont-elles actuellement explorées? 

Les résultats d'une étude portant sur un autre traitement pour le cancer métastatique du mélanome - l'anticorps ipilumumab - ont également été présentées lors de ce congrès, avec là encore, une bonne nouvelle à la clé puisque le taux de survie à trois ans a été de 20,8% parmi les malades ayant pris ce traitement en plus d'une chimiothérapie, contre seulement 12,2% pour ceux qui recevaient la chimiothérapie seule. Pour la première fois au monde, des résultats prometteurs ont donc été obtenus dans le si redouté cancer métastatique du mélanome.

 

10- Cela prendra-t-il du temps avant que les malades en bénéficient? 

 Non, en France, quand il y a extrême urgence comme ici, les bons résultats des études sont immédiatement pris en compte. L'Institut National du Cancer (Inca), l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) et la Haute Autorité de Santé (HAS) ont mis en oeuvre un protocole thérapeutique temporaire qui permet de prescrire sans délai les traitements très novateurs qui ont apporté la preuve de leur intérêt et ce, afin de ne pas pénaliser des malades en phase très avancée de leur cancer, pour qui un report de plusieurs mois pourrait être fatal. Un inhibiteur BRAF est donc déjà disponible en France pour les patients atteints de ce type de mélanome métastatique, dans les services spécialisés et dans le cadre d'ATU (Autorisation Temporaire d'Utilisation). La guerre contre les cancers métastatiques a bien débuté et plusieurs batailles ont déjà été gagnées.

Nathalie Szapiro

Sources :

Institut National du Cancer (INCA)

Le Quotidien du médecin, numéro de cancérologie, mai 2011.