L’impression d’avancer au ralenti ou au contraire d’être subitement pris d’agitation…Attendre les résultats d’une biopsie ou d’un IRM constitue la première épreuve du parcours plus ou moins difficile que sera le cancer. Comment vivre ces jours où les heures s’allongent ? Patients et médecin racontent cette étape fondatrice.

 sabliers

« Au départ, je devais avoir les résultats de ma biopsie mammaire sous dix jours, se souvient Chantal. Qui sont devenus 11 puis 12, 13. Presque 15 jours à ne penser qu’à cela. Encore aujourd’hui, je ne comprends pas que cela soit si long ». Selon le Professeur Zelek, oncologue à l’hôpital Avicennes de Bobigny, la durée normale d’attente des résultats d’un tel examen est de quelques jours à environ une semaine, pour le département de la Seine-Saint-Denis. « Je comprends très bien que cela paraisse long. Il ne s’agit pas uniquement de dire si la tumeur est cancéreuse, mais aussi de faire lire les résultats par un spécialiste pour prévoir le futur traitement. Il me parait difficile de raccourcir ce délai ».

 

Toujours pire que la réalité

 

« Que dire, reprend Chantal, si ce n’est que cela a été l’un des pires moments de ma vie.  Ne pas savoir est plus dur que le verdict du cancer. On est dans l’expectative et au fond de moi je sentais que ce n’était pas bon. J’ai essayé de perpétuer ma routine quotidienne : le travail, les enfants, la maison... Mais il y avait toujours cette angoisse sourde qui ne me quittait pas. Il m’est arrivé de pleurer en regardant mes enfants, sans même m’en rendre compte. Ils jouaient tranquillement et mes larmes coulaient. Difficile à justifier alors qu’ils n’étaient au courant de rien ».

« Par expérience, je peux dire aujourd’hui que les patients imaginent toujours bien pire que la réalité, relativise le professeur Zelek. Mais en même temps, ne vaut-il mieux pas avoir une bonne surprise au moment de l’annonce ? ». Alors que faire quand les émotions prennent le dessus ? Tenter malgré tout de garder espoir ? Tout dépend des personnalités. Richard sait de quoi il parle : « Je ne dirai pas que j’avais oublié d’aller chercher mes résultats de biopsie de la prostate mais presque, rigole-t-il. A mon âge aussi (72 ans, ndlr), je suis un peu un vieux routier des salles d’attente. Des examens, j’en ai passé à la pelle alors un de plus, un de moins... J’ai choisi de vivre ça avec détachement ».

Richard, dont les résultats étaient finalement négatifs, exprime cependant un regret : avoir annoncé cet examen à son entourage. « Oh la la, qu’est-ce que je n’avais pas fait ! Le mot cancer déclenche une série de réactions totalement absurdes à mon sens. On m’avait déjà mis en terre. Mon fils ne me laissait plus rien faire sous prétexte que « j’étais fatigué », ma femme me lançait des regards en coin desespérés. La prochaine fois, c’est simple, je ne dirais rien à personne. Ou presque», lance-t-il, provocateur.

 

Médocs et ragots de couloirs

 

Pourtant, dans une telle situation, la parole des autres s’avère souvent salvatrice. Ils sont nombreux sur les forums de discussion spécialisés à demander conseils et à chercher des réponses à leurs interrogations. « Je vois ce type de communautés plutôt d’un bon oeil. Il s’agit ici de chercher des témoignages, d’échanger avec des personnes qui sont passées par la même chose que vous. Je suis beaucoup plus sceptique concernant la recherche d’informations médicales sur Internet, tempère le  Professeur Zelek. Sans aucune médiation, cela peut vite devenir très anxiogène ».

         Est soulevée aussi la délicate question de la prise ou non de médicaments. « Je n’ai pas pu faire sans, déplore Chantal. Je ne dormais plus ou alors je faisais des cauchemars horribles. Mon généraliste m’a donc prescrit des somnifères et des anxiolytiques. J’étais certes un peu abrutie, mais comme dans du coton. Protégée».

         La prise de calmants est parfois inévitable tellement le stress est important. Mais mieux vaut les éviter tant que l’on peut. « Personnellement, je n’en prescrit plus, met en garde le professeur Zelek. Les antidépresseurs soulagent sur le moment mais ne sont pas une solution durable. La tristesse et le désespoir reviennent aussitôt que leurs effets se dissipent ».

Mais il y a  bien pire selon lui :  la salle d’attente. « Evitez à tout prix d’ écouter les ragots de couloirs, prévient-il. Je reçois très régulièrement des patientes effondrées car elles ont appris que Mme  Machin avait fait une rechute ou que Mme Truc présentait les mêmes symptômes qu’elle. J’ai envie de dire :  et alors ? Le cancer est une histoire individuelle qui diffère selon  chaque personne. N’oubliez jamais çela ». Une donnée importante en effet, et dont il faudra se souvenir…à chaque nouveau contrôle.

 

 Cécile Cailliez