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De nombreux malades en fin de traitement se plaignent de troubles de la mémoire. Le phénomène, peu connu à ce jour, est appelé chemofog chemo pour chimio, fog pour brouillard ou chemobrain brain pour cerveau. Si l’on ignore encore ses origines précises, il fait déjà l'objet d’une consultation spécialisée.

Égarer ses clés, oublier un gâteau au four, tourner deux heures dans les rayons du supermarché ou tout simplement perdre le fil de ses pensées sont certaines des manifestations dont se plaignent de nombreux patients en fin de chimio ou radiothérapie. Celles-ci peuvent encore persister entre 6 mois et deux ans après l’arrêt de ces traitements. Fort heureusement, ces troubles sont en effet réversibles.
Malgré la littérature existante, les plaintes de ces patients à leur médecin restent souvent sans suite. « On ne leur dit rien car on ne sait pas quoi dire, on fait comme si on n'avait rien entendu », constate Isabelle Léger. Psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie à l'Institut Gustave Roussy de Villejuif, elle a ouvert la première - et la seule à ce jour – consultation de psycho-oncologie spécialisée dans la prise en charge des plaintes cognitives (pertes de mémoire, fatigue, anxiété) de patients en fin de traitement par chimiothérapie, radiothérapie ou hormonothérapie.
Une consultation très fréquentée
La consultation, ouverte en 2009, ne désemplit pas. « Je reçois des hommes et des femmes, à partir de 35 ans, qui sont à la fin de leur traitement. Avant cette étape, ce n'est pas envisageable puisque les traitements provoquent sur le moment même une perturbation des fonctions cognitives. Il n'existe pas d'étude en dégageant clairement la cause, mais il y a un cumul entre l’action neurotoxique des traitements et l'état psychologique du patient ».
Geneviève, sous chimiothérapie pour un lymphome, a eu cette impression de perdre la mémoire au début de son traitement : « ça venait probablement du fait que j'étais choquée psychiquement. Je ne pouvais plus être dans la réalité parce que je traversais cet événement qui m'assommait ».
Peu à peu ces difficultés peuvent devenir handicapantes. Marie-Eve, 50 ans, se souvient : « les premières gènes sont arrivées 6 mois après le début de la première chimio. Depuis, j’ai du mal à trouver mes mots, je perds le fil de ce que je dis, et c'est d'autant plus accentué que je suis fatiguée ».
Des troubles qui lui font craindre l’avenir. « Cela fait partie de mes inquiétudes à l’idée de reprendre mon travail, avoue Marie-Eve, professeure des écoles. Je me vois mal, dans cet état, corriger des cahiers pendant la récréation. J'ai besoin de conditions optimales pour être concentrée».
Repères mnémotechniques
Un bilan diagnostic est établi lors de la première consultation, puis un suivi peut être mis en place, soit au sein de l'Institut, soit à l'extérieur. Pour pallier aux troubles cognitifs, Isabelle Léger peut proposer des astuces mnémotechniques aux patients : « pour que ça marche, il n'y a pas de recette universelle, mais il faut partir du vécu du malade. J'incite les patients à être organisés et je les aide à créer des liens entre ce qu’ils savent déjà et une nouvelle information à retenir. Cela augmente leurs chances de s’en souvenir plus tard. Par exemple, votre nouvelle amie s’appelle Anne, comme votre collègue de travail, c'est facile à mémoriser ». Ou encore « pour établir une liste de courses, il vaut mieux regrouper les articles selon leur catégorie (produits laitiers, fruits, légumes…). Je revois toujours les patients au bout d'un an et une amélioration est souvent constatée ».
Le succès de cette consultation pousse d'autres hôpitaux à suivre l'exemple. Le travail est en cours, mais soumis, souvent, à des contraintes budgétaires. « Ça va se développer », assure, confiante, Isabelle Léger.
Marion Wagner
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Publié dans : La Salle de bains > Séquelles physiques
Tags : Traitements, Mémoire, Institut Gustave Roussy, Fonctions Cognitives, Chimiothérapie, Chemofog, Chemobrain, Après Cancer
Publié le 19/05/2011 à 6h22 - Dernière modification le 20/05/2011 à 10h12
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