Pendant des siècles, le seul traitement contre le cancer a été la chirurgie. Mais, depuis deux cents ans, d'autres moyens de lutter à la fois contre la maladie et la douleur ont été découverts. Retour sur ces années d’avancée contre le crabe.

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1807  Invention de la morphine

Un pharmacien allemand, Friedrich Sertümer, révèle les propriétés antalgiques de cette substance découverte trois ans plus tôt par trois Français : Courtois, Derosne et Seguin. Il faudra tout de même attendre le milieu du XIXè siècle , et l'arrivée de la seringue, pour que les malades puisse en bénéficier.

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1890  Invention de la chirurgie « monobloc »

Le chirurgien américain William Stewart Halsted modélise une méthode de traitement chirurgical du cancer qui consiste à ôter, en plus de la tumeur, la zone la plus large possible de tissus présentant des risques d'être colonisés.

 

1895  Découverte des rayons X

C’est Wilheim Conrad Röntgen qui la fait, mais un américain, Emil Grubbe, réalise cette même année la première tentative de cure de récidive de cancer du sein par radiothérapie, tandis qu'Antoine Béclère commence à travailler sur la radiographie pour déceler la tuberculose. Un an plus tard, à Lyon, le Dr Victor Despeignes entreprend la première vraie radiothérapie de l'histoire sur un cas de cancer de l'estomac. Cependant le patient décédera quelques jours après cette première tentative. Il faudra attendre 1898 pour qu'une première publication scientifique fasse état d'une régression de tumeur de la peau grâce à cette nouvelle méthode.

 

1896 Invention de l'hormonothérapie 

Le chirurgien anglais Sir Thomas Beatson tente une ovarectomie bilatérale (suppression des ovaires) chez cinq femmes atteintes de cancers du sein avancés et inopérables. Ce premier essai était basé sur une observation :  on avait remarqué que les lapines castrées développaient moins de tumeurs mammaires que les autres. Il faudra attendre plusieurs années pour comprendre le mécanisme en jeu et découvrir la sécrétion d’œstrogènes par les ovaires. Quoiqu'il en soit, pour trois des patientes opérées par Beatson, le cancer régresse. Et pour deux, la rémission est complète. Ce succès est le point de départ de l'hormonothérapie qui s'étendra au traitement du cancer de la prostate en 1941 grâce aux travaux de l'Américain Charles Breton Higgins.

 

1898 Découverte du radium

Le fruit du travail de Marie Curie assistée de son compagnon, Pierre. Très vite, la chimiste encourage les recherches autour d'applications pratiques et notamment médicales du radium. Un dermatologue de l'hôpital Saint-Louis, le Dr Henri Danlos, invente en 1901, la curithérapie dont le principe est de mettre le radium directement au contact de la tumeur et non plus de bombarder celle-ci avec des rayons comme dans la radiothérapie.

 

1909 Naissance de la cancérologie française

Le Dr Claudius Regaud rejoint le laboratoire offert à Marie Curie par la fondation Pasteur et se consacre aux applications médicales de ses découvertes. Très vite, il se recentre sur le traitement des cancers. En 1921 est créée la Fondation Curie qui financera l'ouverture de six services parisiens de cancérologie.

 

1943 Découverte de la chimiothérapie

Elle est arrivée par hasard : après le bombardement du Port de Bari, en Italie, des fûts de gaz moutarde (ypérite) endommagés ont fui, intoxiquant des marins américains. Les autorités sanitaires ont ordonné une enquête et un suivi les hommes touchés. Ceux-ci présentaient une destruction des cellules de moelle  osseuse qui ont le pouvoir de se diviser très vite et de donner naissances aux cellules sanguines. D'où l'idée d'utiliser les composés chimiques actifs de ce gaz (les moutardes azotées) dans le traitement des cancers afin de détruire les cellules malignes. Une rémission d'un cas de lymphome (mais de courte durée) a été ainsi obtenue. Les alkilants moutardes azotées sont toujours utilisés à l'heure actuelle, notamment dans le traitement de la leucémie lymphoïde chronique, des lymphomes et de certains cancers du sein.

 

1963 Première greffe de moelle osseuse

C'est une équipe française dirigée par Georges Mathé qui réussit cette première mondiale et publie ses résultats dans le British Medical journal en décembre 1963. Le cancérologue français estimait que le bénéfice /risque de la chimiothérapie pour guérir les cancers du sang et de la lymphe n'étais pas entièrement satisfaisant et cherchait des alternatives. Il s'est appuyé sur les  travaux de l'Américain E. Donald Thomas qui le premier s'était  lancé, dès 1959, dans la greffe de moelle osseuse sur des scientifiques irradiés accidentellement, et il décida d'appliquer cette technique aux malades du cancer.

 

1971 Première tentative de traitement anti- angiogénique

Depuis le XIXè siècle les médecins s'intéressaient à la vascularisation des tumeurs. En 1939,  Ide a eu l'intuition que la tumeur produisait des facteurs de croissance permettant la création de vaisseaux chargés de la nourrir. Mais c'est le Dr Judah Folkamn qui le premier chercha à assécher la tumeur en travaillant sur les facteurs qui viendraient bloquer cette angiogénèse. Il faudra toutefois attendre 1997 pour obtenir les premières régressions de métastases sur l'homme après utilisation d'une molécule anti-angiogénique, le bévacizumab.

 

1976 Découverte des oncogènes

Il s'agit de gènes agissant dans la cellule pour la transformer en cellule cancéreuse ou capable d'induire des processus malins. Ils peuvent agir de 4 façons : en rendant la cellule immortelle, en favorisant sa prolifération, en la poussant à migrer (dissémination conduisant à la formation de métastases), ou en permettant l'angiogénèse (voir ci dessus). A la suite des travaux du Français Dominique Stéhelin, lui-même inspiré d'un chercheur autrichien du début du Xxème siècle, deux Américains, Michael Bishop et Harorld Varmus isolent un gène (gène src) responsable du Sarcome de Rous, un cancer du poulet, et reçoivent pour cette découverte le Prix Nobel de Médecine. Dix ans plus tard, en 1986, le premier gène suppresseur de tumeur sera découvert, il s'agit du gène Rb du rétinoblastome.

 

1998 Mise sur le marché, aux Etats-Unis, du trastuzumab (nom commercial Herceptine®)

C'est le premier traitement anticorps monoclonal à être utilisé contre le cancer, en l' occurence, contre le cancer du sein, ou, plus exactement, contre certains cancers du sein. En effet, les cancers très agressifs, se développent sous l'influence d'un gène : HER-2. Celui-ci produit une protéine qui commande la croissance tumorale. Le trastuzumab bloque les récepteurs ainsi contrôlés. En France, il obtient une autorisation de mise sur le marché dès 2000 pour les cancers du sein métastatiques et en 2006, en combinaison avec la chimiothérapie, contre les cancers du sein de stade précoce, lorsque le gène HER-2 est retrouvé.

 

2000. Lancement du programme « Carte d'identité de la tumeur »

Initié et financé par la Ligue contre le Cancer, ce programme de recherche a permis d'analyser en 10 ans plus de 10 000 tumeurs. Le cancer est en effet un processus extrêmement complexe, différent d'un type de tumeur à l'autre, voire, d'une personne à l'autre. Grâce à ce programme, les chercheurs en apprennent plus sur les différents processus à l'œuvre dans la cancérisation et s'attèlent à trouver des traitements de plus en plus « sur mesure ». Cette personnalisation est la grande découverte des dernières années dans la lutte contre la maladie.

Isabelle Palacin

Commentaire : (1)

Portrait de chopchop

Je trouve extrêmement étonnant que les découvertes de Sam Chachoua (https://www.youtube.com/watch?v=xNoT8lb3aIs) ne soient pas mentionnées ici. Pourquoi cet "oubli" ? Ces découvertes sont au moins aussi importantes que la Chimio, si ce n'est plus. Aussi un point important est la prise de conscience que les cures contre le cancer sont plus efficaces quand le terrain psychologique est bon (d'où la réussite de certains traitements qui consistent uniquement à traiter de manière palliative la douleur). Cf. Une étude trouvée sur http://tonpsy.fr/blog