Josette Rousselet-Blanc, journaliste et auteur, est une pionnière. A l’époque où l’on parlait encore du bout des lèvres de la qualité de vie des malades,  elle est partie défricher ce Far West du cancer en créant l’association « Etincelle ». 

Josette Rousselet Blanc

« Je me souviens encore de la colère qui m’a prise à l’époque, quand j’assistais aux conférences à l’IGR, et qu’on y vantait les plateformes Inserm, les laboratoires de recherche, les 200 médecins, raconte-t-elle… Je demandais alors quel nombre de psychologues  pour accompagner les patients tout au long de leur traitement, et invariablement  on me répondait « Vous nous demandez toujours la même chose ! ». Elle reconnaissait pourtant l’excellent travail des médecins, mais s’insurgeait de voir le terrain du bien-être totalement laissé à l’abandon. Aussitôt rentrée chez elle, elle tape en une heure le concept de ce qui deviendra en 2004 l’association Etincelle : un lieu ouvert à toutes les femmes atteintes d’un cancer et où se trouvent regroupés psychologue, esthéticienne, diététicienne, sophrologue, réflexologue. On peut aussi y suivre des cours de chant, d’art-thérapie, de tai chi, y intégrer des groupes de parole, et tout cela gratuitement. « Je suis allée trouvée Pierre Le Sourd, à l’époque  président du LEEM (les entreprises du médicament) , lui ai parlé de mon projet, ai monté tout un dossier et 8 jours après, j’ étais convoquée pour « vendre » mon idée ; je suis arrivée sans aucun papier, aucun support, j’avais tout dans la tête. J’y ai mis tellement de conviction et de force que le LEEM a donné son accord sur le champ pour soutenir mon action » explique-t-elle de sa voix chaude et grave.  

Josette sait de quoi elle parle, ayant eu deux cancers dont un très sérieux aux poumons qui devait lui laisser 6 mois à vivre. Son médecin s’était même excusé  par avance du cruel diagnostic et du traitement très lourd qu’il devait lui faire subir : « Ne m’en veux pas Jo mais je vais te massacrer ». Mais « Jo » marche à la vérité , elle préfère ce langage cru et honnête qui dit clairement les choses car elle veut savoir contre quoi elle se bat. Elle est mue par l’action. Pour elle, la qualité de vie n’est alors pas un vain mot : « La qualité de vie est une notion floue, pour chacune d’entre nous elle est différente. Moi c’est l’écriture, l’amitié, les petits enfants qui m’apportent leur jeunesse ». Alors les compliments d’une ministre de la Santé, aussi connue soit-elle, n’arrivent pas à la cheville du « Merci - Est-ce que je peux vous embrasser ? » d’une femme ayant trouvé du réconfort à l’association. « On a tendance à se recroqueviller quand on est malade, à s’isoler ; or il faut lutter contre ça. Trop de femmes traversent la maladie, seules, sans pouvoir parler. Quand les femmes franchissent le seuil de la maison d’Etincelle, elles sont accueillies par une bénévole, qui bien souvent est une ancienne malade, par un « bonjour Madame », un sourire, un café, un soutien… »

Après ses cancers, un AVC laisse Josette hémiplégique, réduisant physiquement le champ de ses déplacements mais nullement celui de son action. S’estimant « dotée comme tous les journalistes d’une capacité d’adaptation », elle continue de se démener, fière d’avoir mené à bien ce projet qui lui tenait tant à cœur, et espère même repousser les murs d’Etincelle – local prêté par la mairie d’Issy-les-Moulineaux – pour proposer de nouveaux ateliers dans d’autres endroits.

Stéphanie Honoré

 

 

 

 

 

 


Pour en savoir plus :

Association Etincelle

27bis, avenue Victor Cresson, 92130 Issy-les-Moulineaux

Les antennes Etincelle en France : Montpellier, Caen