Dans son dernier roman « Un très grand amour », Franz-Olivier Giesbert raconte à travers son personnage les tourments d’un homme atteint d’un cancer de la prostate. Une autobiographie à peine voilée. Au-delà du roman, ce personnage public apporte là un témoignage fort et cru sur la maladie, contribuant ainsi à briser le tabou. 



 


« Il ne faut jamais dire qu’on a un cancer », lui avait assuré le Professeur Debré : « le cancer fait le vide autour de vous. Plus de visites, ni d’invitations, ni de coups de téléphone. Tout le monde vous repousse. »


Franz-Olivier Giesbert a choisi de faire tout le contraire. Dans son dernier roman « Un très grand amour » (Gallimard),  il  raconte en effet l’histoire d’un homme amoureux que sa femme « met au rebut » parce qu’il est atteint d’un cancer de la prostate. A travers son héros, Antoine Bradsock qui ressemble en tous points à l’auteur, celui-ci  apporte un témoignage aussi cru que sincère sur les tourments d’un homme atteint d’un cancer de la prostate, depuis l’annonce de la maladie jusqu’au moment où il s’en sort. Une telle prise de parole sur la maladie et ses conséquences intimes est une démarche rare au masculin. Venant, de plus,  d’un homme aussi médiatique que Franz-Olivier Giesbert, elle montre un net désir de briser le tabou du silence. Cette action courageuse confortera sans doute bien des hommes aux prises avec les mêmes épreuves.


 « Je me considérais comme mort avant l’heure »


« Le cancer prévient toujours avant de prendre possession de toi » avait dit sa mère, elle-même cancéreuse à Antoine, le héros du roman. Et, de fait, celui-ci prend un beau jour conscience de son état d’épuisement physique et psychologique. « Même quand j’avais dormi longtemps, ce qui était nouveau chez moi, je me réveillai exténué et irascible, souvent avec des douleurs au bas-ventre. Mes nuits se passaient, de surcroît, entre mon lit et les toilettes où je me rendais jusqu’à sept ou huit fois. Je devinais ce que ça voulait dire. Mon urologue aussi. Il me prescrivit des examens de toutes sortes. » Les examens réalisés, le cancer de la prostate ne fait aucun doute. Antoine interrompt aussitôt tout achat personnel, annule ses rendez-vous de kiné et de dentiste, choisit les musiques de son enterrement…  « Je me considérais comme mort avant l’heure. » Mais l’envie de vivre reprend le dessus et avec elle le choix de la thérapie.


Le choix de la curiethérapie


L’urologue conseille d’effectuer de tout urgence l’ablation de la prostate. Cette opération représente l’éradication totale du mal, mais présente  tous les risques d’impuissance et d’incontinence.  Antoine frémit devant cette option, conseillée également par plusieurs autres urologues.   Le Professeur Debré, lui, apporte une autre solution, celle de la curiethérapie. Cette nouvelle méthode consiste à implanter plusieurs dizaines de tubes de titane, bourrés d’iode 125 radioactif, dans les zones cancéreuses de la prostate. Antoine choisit ce traitement, même si sa femme lui impose d’observer après l’opération une très longue quarantaine pour se préserver, ainsi que  leurs enfants, de tout risque de radioactivité. « Une quarantaine ne me faisait pas peur, déclare le héros. J’étais prêt à tout accepter, pourvu que je continue à éjaculer partout sur cette planète, pour laisser ma trace, un plaisir, un souvenir. » 


« Si j’étais riche, je pisserais tout le temps. »


Cette boutade d’ Alphonse Allais revient plaisamment en mémoire du héros qui, lui, n’a pas besoin d’être riche pour pisser tout le temps !  « Depuis mon opération, j’ai sans cesse des envies pressantes. Elles me tombent dessus d’un coup. Ma vessie et mes intestins ne peuvent pas attendre. C’est pourquoi je cours toujours aux toilettes au lieu de m’y rendre d’un pas tranquille. J’attends le génie qui inventera des ouas-ouas mobiles pour que je puisse me déplacer partout sans crainte ni panique. » Et d’évoquer aussi, dans une scène du plus haut comique, l’arrosage involontaire d’un tapis élyséen lors de sa remise de Légion d’honneur par le Président de la République….Mais les inconvénients de ce type se tasseront peu à peu. La vie sexuelle du héros reprendra également, avec tout d’abord des rapports protégés, toujours à cause des traces éventuelles de radioactivité.


Chose très malheureuse, la première fois, le préservatif utilisé est maculé de caillots de sang.  La femme du héros, qui souffre déjà de phobies multiples -  les avions, le métro, les églises, les araignées, les vaccins, les tunnels, les musées, les rassemblement de plus de 4 personnes ! – développe à cette vue une irrépressible phobie pour son mari.  Ce sera la fin du grand amour qui donne son titre à ce roman.


Happy end


Qu’on se rassure, le héros retrouvera vite toutes ses capacités de séducteur et ne manquera d’ailleurs pas de consolatrices ; il trouvera même en fin de compte le vrai amour. Quant à l’auteur, il conclue : « Le cancer m’aura laissé dans un état finalement meilleur que celui où il m’a trouvé. Je me sens invincible, prêt à en découdre avec les gredins et les goinfres du nihilisme contemporain. »


Evelyne Rival

Commentaires : (4)

Portrait de e-lectrice

un roman à tombeau ouvert,
Ce qui m'a frappée dans le roman c'est la position de l'auteur face à une œuvre qu'il inscrit d'emblée entre la vie et la mort(donc la naissance ou une renaissance suite à une mort symbolique,l'expérience de la mort qui tue une part de soi)que selon lui viendrait combler l'écriture. L' œuvre est comme une case repos, un tombeau qui recèle les mystères de sa vie et sa mort (au sens de passage, vécu, résurrection, vicissitudes). Face à la vanité d'agiter des souvenirs -personnels ou partagés - au rythme de l'époque férue d'auto-fiction- il revisite son cercueil et les affres de l'oubli et/ou de la postérité; mais qu'importe puisque l'écriture tout entière dans l'oxymore, un tombereau d'ailes, permet un éternel recommencement, celui qui donne des ailes -comme la femme de ménage déblaye son horizon pour le dégager- L'auteur ne se dégage pas, il respecte son alter ego et fait l'apologie par extrapolation, du droit de refonte de sa vie, de repartir de zéro, ce qui qualifie le roman de grand public et attachant,ce malgré les détours de l'auteur qui s'ingénie à garder la distance de la lucidité sur soi, les autres et la maladie, thèmes parcourus principaux, émaillés de perles sur L 'amour.

Portrait de e-lectrice

Merci sur tout

Portrait de JeanBern

Je viens seulement de découvrir ce livre ... J'ai lu avec beaucoup d'attention ce résumé !.. Il m'a profondément touché !!!
Je me permets de vous adresser mon témoignage, il est sur mon blog Jeanbern and Co dans la rubrique santé ... Car le corps médical propose trop peu la curiethérapie !..

J'ai essayé de faire un copier-coller ... Mais en vain !!!
Avez vous peut être une autre solution car nous sommes maintenant plusieurs à communiquer sur ce sujet qui majoritairement nous satisfait. La curiethérapie de la prostate me parait un traitement idéal pour les hommes qui peuvent la recevoir. Nous nous chargeons donc de diffuser l'information autour de nous.

Cordialement

Jean Bernard Mest

Portrait de marie-reine

Je vais m'empresser de lire ce livre. Déjà l'article me fait sourire. Eh, oui savoir manier l'humour même dans la maladie, ne peut être que salutaire. Combien de fois n'ai-je pas dû faire face à des mines si attristées que je me demandais qui était malade?
Mon cancer était "mon sqatter". Je lui parlais et l'autorisais à rester dans mon utérus , puisqu'il y avait élu domicile , contre mon gré. Mais je lui interdisais d'essaimer... Nous avions ce dialogue quotidien , avant mon opération , je le visualisais confiné, dans un espace restreint, sans possibilité d'expansion.
J'eesayais non pas de le considérer comme un ennemi, mais seulement comme un hôte indésirable pour un laps de temps..
Une technique à expérimenter: la visualisation positive.