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"On ira tous à l'hôpital" : Pourquoi jette-t-on des boites neuves de médicaments?
L’équipe de la maison du cancer a enquêté sur la seconde question lancée par Bernard Giraudeau, dans la web-émission « Nous irons tous à l’hôpital ». L’article revient sur la mise à la poubelle systématique des boites de médicaments neuves non utilisées par les malades et s'interroge sur les solutions possibles pour éviter ce "gâchis inoui".

Le traitement du cancer est extrêmement coûteux pour la société. Au bas mot, puisque les chiffres dont on dispose sont anciens (2004), la facture est de 12 milliards d’euros (pour les soins, politiques de prévention, dépistages organisés et recherche publique, selon l’INCA). Entre l’augmentation du nombre de malades (350 000 personnes de plus chaque année) et la sortie de molécules innovantes et donc onéreuses, la cancérologie pèse de plus en plus lourdement sur les comptes de la sécurité sociale. Les Français ont la grande chance de voir le coût de leur médication pris en charge par la société. Mais pour que le système soit pérenne, il est évident que la chasse au gâchis doit être implacable. Ainsi on peut s’interroger, comme le fait Bernard Giraudeau, sur ces boites neuves de chimio orale, déjà achetées, mais promises à la « casse » puisque devenues inutiles après un changement du protocole. Des médicaments qui peuvent être bon marché lorsque la molécule est très ancienne, mais dont les prix s’envolent lorsqu’elles sont plus récentes et très innovantes, soit de 400 euros jusqu’à …5 675 euros !
« On ne peut pas les remettre dans le circuit, explique une responsable de Cyclamed (association approuvée par les pouvoirs publics, ayant pour mission de collecter et valoriser les Médicaments Non Utilisés (MNU) à usage humain, périmés ou non, rapportés par les patients dans les pharmacies). En effet, 2009 a sonné la fin de la redistribution humanitaire. Notre mission consiste donc à éliminer proprement les médicaments afin de protéger l’environnement ».
Le recyclage de la chimio - au-delà des difficultés liées au recyclage en tant que tel, à savoir ses dérives possibles et avérées par le passé- pose en soit question car ces produits sont beaucoup plus toxiques qu’une simple aspirine… Pourrait-on néanmoins imaginer un circuit spécifique, de proximité, dédié à leur récupération? Ainsi, chacun pourrait ramener ses boites neuves au sein de la pharmacie de l’hôpital ou de tout autre organisme public par exemple. « Cela nécessiterait une vérification drastique des dates de péremption et de la qualité de ces comprimés potentiellement dangereux, explique Dominique Maraninchi, président de l’Institut national du cancer (Inca). Un tel système qui assurerait un très haut niveau de qualité serait donc extrêmement coûteux. La chimio exige une excellente traçabilité, et si le consommateur n’est pas certain de cette traçabilité, cela pose problème.» De fait, chaque patient est en droit d’attendre une qualité optimale du produit ingéré. Bref, exit le recyclage. Alors que faire ?
« Plutôt que de rendre des comprimés, on pourrait travailler sur plusieurs types de conditionnement, avec une offre de comprimés en plus petite quantité », suggère le patron de l’Inca. Cela exigerait évidemment de tous des efforts. D’abord, des laboratoires pharmaceutiques qui accepteraient de produire des conditionnements en taille variée. Du côté du LEEM (le groupement des Entreprises du médicament) interrogé à ce sujet, on affirme qu’aucun chantier ni réflexion sur cette problématique (à savoir un conditionnement varié des boites de chimio) n’est en cours à ce jour. Une réflexion entre l’Inca et les producteurs pourrait-elle s’engager ? A suivre…
Mais cette démarche nécessiterait aussi des efforts de la part des malades. Car les « Français aiment les grosses boites ! », plaisante un médecin. Vont-ils, malades ou leurs proches, accepter de venir plus souvent se réapprovisionner à la pharmacie ? Ce qui peut s’envisager lorsque l’on est citadin, mais un peu moins aisément lorsque l’on réside à plusieurs kilomètres d’une officine. Qui ne cédera pas alors à la tentation de prendre plusieurs « petites » boites d’avance… Retour au risque de gâchis. Bref, un problème très complexe à résoudre, mais qui mériterait que les pouvoirs publics et les acteurs privés s’y penchent d’un peu plus près.
Anne-Laurence Fitère
Retrouvez la web émission "On ira tous à l'hôpital" et les questions de Bernard Giraudeau : "y aura-t-il assez d'oncologues pour nous soigner?" et "pourquoi jette-t-on des boites neuves de médicaments?"
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Publié dans : La salle d'infos > A la Une
Tags : Médicaments, Leem, Inca, Déficit Sécurité Sociale, Cyclamed, Cancer, Bernard Giraudeau
Publié le 03/06/2010 à 8h56 - Dernière modification le 03/06/2010 à 9h47
Commentaires : (2)

Les autres pays d'Europe ont des conditionnements plus petits, et même si les français aiment avoir leur pharmacie pleine, pour ce qui est des produits anticancéreux, chers et fragiles parfois, ils peuvent faire l'effort de comprendre qu'il faut fractionner leur achat. Cela fait mal au coeur de jeter des boites si chères, qui en plus font défaut à d'autres pays où les malades n'ont pas les moyens de les acheter. Ne faisons pas le jeu mercantile des laboratoire.
Marie-Claude
'La vie n'est rien, mais rien ne vaut une vie.' A. Camus.
http://www.bernadette-son-combat.com
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Enquête très intéressante, merci !
Les bonnes idées peuvent se révéler être compliquées à mettre en oeuvre pour peu de changement. Il n'empêche que commencer par le commencement et réduire la taille des packs semble une bonne piste. Puisque toute boîte ouverte est soit consommée, soit jetée, alors il vaut mieux en ouvrir 2 si le traitement le nécessite, qu'en ouvrir une seule et jeter une partie.
La garantie de jeter est quand même absurde.
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